Concilier le haut niveau et le coût de la vie.

20 octobre 2015 / By

Le cas du sportif contraint de mettre un terme à sa carrière est récurent lorsque l’athlète a fini ses études. C’est une problématique importante dans la vie de ce dernier.

Concernant la pratique du saut à la perche et sa rémunération ; celle-ci ne me permet pas de vivre pleinement. Il est donc obligatoire d’avoir une « double vie ». Le sport d’un côté, le travail de l’autre. D’un point de vue médiatique, c’est une discipline qui, je pense, pourrait être plus lucrative car elle est attractive par son côté spectaculaire. Il n’en reste pas moins que pour le moment, en France,  un seul perchiste gagne sa vie grâce à ce sport et il est Recordman du monde.

Nous nous souvenons tous de cette image de Romain Mesnil, double vice-champion du monde de saut à la perche en 2009 et 2011, courant nu avec une perche dans les rues de Paris. Le but était d’alerter l’opinion publique sur la situation précaire de certains sportifs qui n’ont pas de sponsors, malgré leur niveau.

J’ai donc concilié, pendant six ans, les études et le sport de haut niveau. Années pendant lesquelles les aides des parents et de la famille sont vitales. Le soutien financier de mon club, le Stade Sottevillais 76, m’a également permis de poursuivre ma carrière et mes études. Durant ces années, je fus 3ème Français en 2012, 2013 aux championnats de France Élite et 3ème au bilan Français en 2014. La flexibilité de mon école, l’ENSEIRB-MATMECA, de ses dirigeants et intervenants ont facilité la mise ne place d’un équilibre conciliant mon double projet.

J’obtins mon diplôme d’ingénieur fin 2014 après six années d’études. Je décroche en septembre 2015, un poste ingénieur à temps partiel chez Airbus à Bordeaux depuis septembre 2014. Leur confiance me permet aujourd’hui de pouvoir poursuivre ma carrière dans de bonnes conditions. J’ai cette volonté d’aller au bout de mon projet sportif, d’aller au bout de moi-même et de ne rien regretter.

La Fédération et les autres institutions qui gravitent autour des sportifs ont aussi leurs part de responsabilité dans cette précarité. Le sportif ressent parfois un manque de considération et se retrouve bien seul pour gérer cette double vie. Prenons l’exemple du Contrat d’Insertion Professionnel (CIP). Les sportifs de haut niveau titulaires d’un contrat de travail peuvent bénéficier de conventions d’aménagement d’emploi (CAE) dans le secteur public et conventions d’insertion professionnelle (CIP) dans le secteur privé, avec un emploi du temps aménagé. Souvent, ils travaillent à mi-temps et sont mis à disposition auprès de leur fédération sportive le reste du temps, tout en conservant leur rémunération à plein-temps. Cependant, lorsque j’ai contacté ma Fédération pour bénéficier de cette aide, cette dernière m’a clairement signifié que cette mesure n’était pas pour les sportifs comme moi, je ne remplissais pas les critères…

La fédération ne s’est pas montrée réceptive à ma demande. Et bien sûr, j’ai eu le droit au discours des plus classiques. « Le ministère a bridé les budgets depuis cette année. Les cirières sont simples, il faut être sur listes ministérielles et être potentiellement « médaillable » aux Jeux Olympiques ».

Je ne suis peut-être pas encore potentiellement « médaillable » aux jeux mais autant dire que les personnes de cette tranche ne sont, actuellement, pas à la recherche d’un travail, donc d’un CIP et subviennent à leurs besoins grâce à leur sport, leur statut et partenaires. Ensuite, il y a les exceptions, ceux qui ne sont pas potentiellement « médaillable », mais nous le savons bien, comme partout, les relations comptent. La fédération ne m’a donné aucune aide cette année alors que je suis sur une dynamique de progression et sur cette « fameuse » liste ministérielles.

Prenons le cas aussi des suivis des sportifs de haut niveau. Cette appellation « honorifique » me permet d’être inscrit sur une liste ministérielle. Ce que cela m’apporte ? Devoir me rendre deux fois par an chez le médecin et de remplir des questionnaires diététiques et autres sur lesquelles je n’ai aucun retour. Mis à part une aide de 700€ de ma région en 2015, mon statut de sportif de haut niveau ne me permet pas de vivre de mon sport. Le comble ? C’est que depuis mes 18 ans, je progresse et les aides diminuent chaque année. Comment gérer sa carrière quand la Fédération et l’État ne permettent pas de concilier un double projet, sportif et professionnel ? Car il est certain que le projet professionnel reste la priorité pour ce qui est de l’avenir. Triste constat quand on connait la précarité qu’engendre le choix de mener une carrière de haut niveau.

« On n’est jamais si bien servi que par soi-même ». Aujourd’hui, beaucoup de sportifs franchissent le pas et ont compris la nécessité de vendre leur histoire afin de vivre de leur passion. Certains, dont je fais partie, font appel à des agences externes pour gérer leur carrière. Ces dernières gèrent l’image des athlètes et recherchent des partenaires ou des sponsors. Un travail de longue haleine qui apporte une aide financière extérieure et améliore la notoriété auprès du grand public.

Sportivement vôtre

Athlète du Stade Sottevillais 76/POLE VAULT
RP: 5m60 (2014)/ 3ème Championnats de France Élite 2012 & 2013/ Champion de France Espoir (2012)

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